Protégé : La lutte contre le VIH à l’heure des réseaux sociaux et des fake news
INTRODUCTION
Si vous êtes un·e habitué·e des réseaux sociaux et d’internet, vous êtes peut-être déjà tombé·e sur ce type d’information qui amène de la confusion : « je connais une dame qui a guérit du VIH en quelques jours de jeûne », « la prière m’a guéri du VIH !! », « le VIH n’existe pas », « c’est un complot des firmes pharmaceutiques », « c’est une maladie des gays et des noir·es », etc. Tout cela est bien évidemment faux.
Premier réflexe : qui parle ?
Lorsque vous êtes exposé·e à une information, le premier réflexe est de vérifier l’identité de la personne qui parle. Est-ce un compte Facebook tenu par un·e vendeur·euse de produits de soins naturels ? Un·e chaman·e qui vous promet la guérison contre une somme d’argent astronomique ? Un·e professionnel·le de la santé désavoué·e par le reste de la profession et qui n’a plus la réputation d’être fiable ? Un·e religieux·se qui cherche de nouveaux·elles adeptes ? Tout ce qui circule sur internet est loin d’être la vérité, donc méfiez-vous et vérifiez les sources.
MODES DE TRANSMISSION ET ORIGINE DU VIH
De nombreuses théories circulent à propos de l’origine du VIH. Le pourcentage de personnes vivant avec le VIH en Afrique subsaharienne est de 2,07%, soit 26.3 millions sur 1.27 milliards d’habitants (d’après les chiffres 2024 de l’ONUSIDA). Ce chiffre est plus de 10 fois plus élevé qu’en Occident (Europe de l’Ouest, Centrale et Amérique du Nord), ce qui alimente l’idée que le virus a été créé dans le but d’anéantir les africain·es (par la CIA ou un quelconque laboratoire occidental). C’est faux ! La même théorie mensongère a circulé à propos des homosexuels, une façon pour les victimes du VIH de comprendre pourquoi elles sont les plus touchées par le virus, à une époque où on ne comprenait pas bien comment fonctionnait la maladie. Ces croyances relèvent du fantasme et ne reposent sur aucun fondement.
pour en savoir plus, écoutez l’épisode 10 du Bureau des complots sur le VIH.
Il existe également des fake news sur les modes de transmission du VIH : le VIH serait héréditaire (il se transmet de la mère à l’enfant, mais pas pour des raisons de génétique), les femmes ménopausées ne pourraient plus transmettre le VIH, avoir des rapports sexuels avec quelqu’un permet de « transférer » son VIH et donc d’être guéri, etc. Ces fausses idées circulent partout et peuvent désinformer les personnes vulnérables. Ainsi, Sidaction publiait en mars 2025 les résultats d’un sondage qui révélait que les jeunes de 15 à 24 ans adhèrent de plus en plus aux fausses informations, ce depuis le début de l’enquête en 2015.

Le VIH vient à l’origine du singe, le virus a muté de façon aléatoire pour infecter les êtres humains en masse grâce aux déplacements des populations. Il ne sera isolé et identifié en laboratoire qu’en 1983.
Le VIH se transmet lorsque des liquides contaminants (le sperme, le sang, le liquide vaginal, le liquide séminal et le lait maternel) trouvent une porte d’entrée dans le corps, par voie sexuelle, par accident d’exposition au sang (avec du matériel d’injection ou tranchant) et de la mère à l’enfant durant la grossesse, l’accouchement et l’allaitement.
AUJOURD’HUI, ON NE GUÉRIT PAS DU VIH
Aujourd’hui, même si le VIH ne se guérit pas, les personnes vivant avec le VIH peuvent vivre longtemps et sans peur de contaminer leur partenaire même sans préservatif (tout en veillant aux autres infections sexuellement transmissibles), ou leur enfant en cas de grossesse, ceci grâce aux traitements qui permettent à une PVVIH d’atteindre une charge virale indétectable.
Notez que le fait d’avoir une charge virale indétectable ne signifie pas être guérit du VIH. Malheureusement, c’est ce que beaucoup de personnes vont tenter de vous faire croire. C’est tentant de s’accrocher à cet espoir, et rien n’interdit d’essayer des thérapies alternatives du moment qu’elles n’entrent pas en interaction avec votre traitement et que vous continuez bien de prendre vos médicaments antirétroviraux et que vous en parlez à votre médecin. En effet, de nombreux individus qui prônent la guérison et dénoncent « les mensonges du monde médical et des firmes pharmaceutiques » le font pour faire de l’argent en profitant de votre souffrance.
C’est le cas d’Irène Grosjean, naturopathe française qui a raconté que le VIH pouvait être guérit en mangeant des fruits et des légumes crus et qui organisait des stages (payants) pour promouvoir ce mode de traitement. L’un de ses collaborateurs sera condamné par la justice pour « pratique illégale de la médecine » suite au décès de patient·es atteint·es du cancer qu’il traitait par naturopathie. Plusieurs familles de patient·es d’Irène l’accusent également d’être responsable de la mort de leurs proches qui ont arrêté leurs soins classiques pour suivre les thérapies d’Irène.
Ainsi, certains individus vont jusqu’à prétendre que le VIH n’existe pas comme Jérémie Mercier, « éducateur santé » et « lanceur d’alerte » qui prétend dévoiler la vérité sur la science et la médecine moderne en travaillant avec des « scientifiques » pour produire du contenu « scientifique ». L’un de ses arguments est que les tests de dépistage du VIH sont incohérents, non fiables à cause de l’existence de faux positifs et ne peuvent par conséquent pas être utilisés pour diagnostiquer le VIH, ce qui est la preuve que le VIH n’existerait pas. C’est un raisonnement qui amène à proférer des mensonges. Dans le même temps, Jérémie Mercier fait le commerce de thérapies alternatives et de livres de prévention alors qu’il n’a aucune compétence en matière de médecine.
Les médecins spécialistes du VIH sont tout à fait au courant de l’existence de faux positifs, cela ne les empêche pas d’utiliser les autres outils à leur disposition pour infirmer ou confirmer un diagnostic de VIH, et ce n’est pas une preuve que le VIH n’existe pas.
Les tests rapides d’orientation (ou TROD) effectués 3 mois après la prise de risque détectent la présence d’anticorps anti-VIH dans l’organisme. Les anticorps servent à défendre l’organisme contre l’infection. La présence de ces anticorps traduit le fait que le VIH est entré dans votre corps et qu’il se défend contre le virus. Il est possible d’avoir un faux positif, c’est pourquoi tout test réactif doit être confirmé par une prise de sang qui recherche également l’antigène du VIH (une protéine produite par le virus) et attestera donc de la présence du VIH dans le corps. S’il s’avère que la personne n’est finalement pas infectée par le VIH, elle ne sera pas mise sous traitement.
Penser le contraire n’est pas une « découverte de la vérité », seulement un manque de compréhension de la science et de la médecine.
Le test de dépistage du VIH est le seul moyen de savoir si on a le VIH. D’où l’ importance de ne pas se fier à ces messages complotistes et de prendre soin de sa santé en se faisant dépister régulièrement, surtout quand on a une vie sexuelle active, mais aussi de recourir à des moyens de prévention (TPE, PrEP) en cas de rapport sexuel à risque. Aujourd’hui, ce sont les personnes qui ignorent leur statut sérologique qui continuent à transmettre le VIH, et non les personnes sous traitement avec une charge virale indétectable.
Ce même « lanceur d’alerte » soutient que si les personnes vivant avec le VIH sont maintenues sous traitement antirétroviral, c’est uniquement pour enrichir les firmes pharmaceutiques. Elles sont nombreuses, les personnes à avoir tenté d’arrêter leur traitement. Certaines en sont mortes, d’autres ont développés des résistances et ont dû changer de traitement. Personne ne vit avec le VIH toute sa vie sans traitement et sans développer de SIDA qui mène inévitablement à la mort. D’où l’ importance de parler avec l’équipe médicale de votre Centre de référence VIH, ou au moins avec des pair·es vivant avec le VIH que vous connaissez de toute choses qui vous pèse par rapport au traitement ou à la vie en générale avec le VIH.
C’est grâce à votre traitement que vous aurez une charge virale indétectable, que vous resterez en bonne santé et que vous ne transmettrez plus le virus, ni à votre ou vos partenaires, ni à votre enfant en cas de grossesse.
LA STIGMATISATION, TOUJOURS D’ACTUALITÉ
Si de nombreuses personnes pensent que 80% des africains ont le VIH, que seuls les homosexuels peuvent l’attraper ou qu’il faut vivre une vie de débauche pour contracter le VIH, ce n’est pas seulement parce que les réseaux sociaux permettent la diffusion rapide de fake news, c’est aussi parce que la société continue de marginaliser toute une série de personnes qui seront les plus à risque de rencontrer le VIH. Ces fausses informations contribuent à l’isolement et à l’auto-stigmatisation des PVVIH et affectent leur santé globale (sociale, mentale, sexuelle). Elles empêchent aussi les personnes séronégatives de se faire dépister alors qu’elles pourraient rentrer dans les soins plus tôt au cas où elles seraient contaminées.
C’est pourquoi chaque année l’ONUSIDA lance sa campagne « Zero Discrimination Day ». Avec son slogan People first, l’organisation a choisi, en 2026, de mettre « en lumière la discrimination persistante dont sont victimes les personnes vivant avec le VIH ou exposées au risque de contamination, une discrimination qui compromet leur accès aux services de santé, viole leurs droits et freine les progrès vers l’élimination du sida d’ici à 2030 ».
Détournez-vous de ces informations erronées et complotistes et cherchez des informations fiables et correctes auprès de vos médecins de familles, des spécialistes VIH ou des sites spécialisés en la matière.
Découvrez également notre campagne « Téléchargez les faits. Effacez les préjugés. »